EmmÖtional Damage
- Melanie Lebrun
- 27 mars 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 avr. 2025

Qui se cache derrière EmmÖtional Damage?
J’ai un parcours très artistique c'est sans doute pour ça que la drag me convient si bien. Ça et le trauma ahah! Il faut en rire.
J'ai fait de la claquette, du ballet, du jazz, du hip-hop, de la gymnastique, du ski, de l’équitation, de la guitare, de la musique, de la photographie.
Je suis le résultat de la politique de l’enfant unique (1979-2015). Je suis née en Chine, et je suis arrivée au Canada à 15 mois. Je réponds toujours que je viens de Bromont parce que c’est là que j’ai grandi. Grandir dans un environnement avec des personnes qui ne me ressemblaient pas m’a fait questionner mon identité et m’a fait grandir malgré ma petite taille de 5 pieds 2 et demi.
Comment décrirais tu ton drag ?
C’est une question difficile… et un peu piège.
J'utiliserais les mots gracieuse, vulnérable.
Je suis très émotive et je suis heureuse quand des gens viennent me voir après un show pour me dire : « J’ai ressenti quelque chose»
C'est ça, pour moi, réussir : créer un lien avec mon public. La drag, ce n’est pas juste être belle deux minutes sur scène. C’est une manière de communiquer.
(Après un petit dégât de thé renversé sur la robe ) Je pourrais rajouter un troisième mot pour me décrire : « clumsy ».
Depuis combien de temps fais-tu du drag?
Trois ans et demi.
Ça passe vite - on dit tous qu’on va faire de la drag une seule fois dans notre vie mais le monde du spectacle est addictif.
Fais-tu ça à temps plein?
Plus maintenant, mais j’ai eu une période où c'était mon seul gagne pain mais “in this economy” c’est extrêmement difficile.
Qu'est-ce qui t'a donné envie de te lancer ?
Comme beaucoup, tout a commencé avec ma première rencontre avec une drag queen : Willam Belli, de Drag Race saison 4. Je l’ai vue par hasard sur YouTube et j’ai trouvé qu’elle était hilarante. Elle faisait plein de références à Drag Race, alors je me suis dit : « Mais c’est quoi, ça ? Il faut que je regarde ! »
En 2016, Willam a été annoncée à la Pride de Montréal, sur un coup de tête, j’ai décidé d’y aller seule. Je me suis fait des amis, j’ai découvert le drag local avec Rita Baga à l'animation du spectacle. Et là, j’ai compris qu'on avait des drag queens ici aussi, alors j'ai commencé à aller aux viewing party que Kitana Sweet & Uma Gahd animaient, puis à des spectacles.
J’étais gênée à l'époque et je me cachais derrière ma caméra pour emmpicsyou (maintenant emmsnapped).
J'y allait full glam et full wig et c’est comme ça que j’ai commencé à m’intégrer. Je me sentais chanceuse quand une drag m’adressait la parole! Plus je faisais de la photo, plus je me faisais de contacts. Et à force de discuter avec tout le monde, de rester après les spectacles c’est devenu un mode de vie.
Un jour j'ai demandé à être door diva. Je voulais juste être belle et présente dans la scène, sans nécessairement performer mais on m’a répondu :« Si tu veux faire la porte, il faut que tu performes.» et j'ai accepté. Quand le poster est sorti, les gens savaient déjà qui j’étais à cause de la photo.
J’ai eu énormément de soutien de la communauté, et immédiatement après, j’ai été bookée régulièrement.
As-tu une famille drag ?
Je me considère comme la fille de tout le monde, parce que j’ai appris de toutes les personnes de la communauté.
Aizysse Baga été la première à m’approcher en me disant « Je suis ta fée marraine. ». Elle m’a coachée pour Drag Moi, à l’époque, je n’étais pas encore à l’aise dans ma peau. Elle m’a donné des suggestions de chansons, des conseils, beaucoup de soutien, elle m'a vraiment accueillie et ce jusqu’à ce jour.
Avec le temps, j’ai eu de plus en plus de mentors et d’amis dans la communauté. Mais en tant que personne adoptée, j’ai pris la décision de rester indépendante.
J’ai tous ces mentors dans ma vie, mais je veux être une artiste à part entière. Je veux être une voix, non seulement pour la communauté LGBTQ+, mais aussi pour les personnes adoptées, et en particulier les personnes adoptées à l’international.
D’où vient ton nom de drag ?
Ah, la question qui tue !
Quand j’ai commencé la drag, je voyais ça comme un tremplin vers la musique. Je voulais que mon nom d’artiste inclue mon vrai prénom. Au début, je m’appelais simplement Emm. Les gens me connaissaient sous ce nom, notamment sur Instagram. Mais j’ai perdu mon compte juste avant la demi-finale de Drag Moi. J’avais besoin d’un nouveau nom immédiatement, pour que les gens puissent me taguer.
J’avais plein d’idées : Emm Every Woman, Emmazing. À un moment, quelqu’un m’a dit : « Emmotional Baby », et j’adorais. Puis, je me suis dit « EmmÖtional Damage », ce serait quand même comique. C’est Mona de Grenoble qui a annoncé mon nouveau nom sur scène à la demi-finale de drag moi.
Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ce métier ?
Le plus dur, c’est de garder la même énergie tout le temps. Parce que oui, c’est un travail et il n’y a pas de travail parfait. On a un horaire, des engagements mais sur scène, on est là pour mettre l'ambiance et faire oublier les problèmes de toustes.
Et puis, dans notre communauté, il y a beaucoup d’égo, beaucoup de stress. On est dans un espace réduit, tout le monde est sous pression, et parfois, ça peut créer des tensions.
Ton pire moment sur scène ?
Le pire, c’était le nip-slip incident.
Je portais une robe que Lady Boom Boom m’avait donnée, j’avais fait le Runner Test en sautant pour voir si tout tenait bien, mais j’avais oublié de lever les bras.
Sur scène, je commence mon numéro, je lève les bras et un sein sort. Je ne remarque rien. Je continue, je performe au sol, je me relève et là, les deux seins sortent.
Une amie s’est précipitée vers moi pour m'avertir. J’ai remis ma robe en place. La foule a hurlé, mais j’ai paniqué. Les applaudissements ont redoublés et après ça, je ne me souviens plus de la fin du numéro. C'était un petit peu humiliant, mais “the show must go on”.
Et ton meilleur moment ?
J’ai été approchée pour le numéro de la relève à Majestix 2022, pour la Fierté à Montréal.
J’ai choisi d’incarner Mulan, j'ai performé sur Comme des garçons de Rina Sawayama (artiste Nippo-Britannique), c'était un bon fit, j'avais mes combat boots, j'ai tout donné.
J'avais 30 secondes de performance à peu près, on était dix dans un numéro, nos noms écrits nulle part.
Un moment intense et chaotique mais un très beau moment. Je pense qu'il y avait entre 10 000 et 20 000 personnes, j'ai vécu un moment inoubliable.
Sans oublier la sortie de mon single “Made In China” en août 2023.
Un conseil pour les jeunes drags ?
Be nice to people.
La gentillesse ouvre des portes. Ce n’est pas en arrivant avec un égo surdimensionné qu’on se fait une place.




Commentaires